Odile Fuchs
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Le paradoxe de la langue des signes : rendre visible un handicap invisible, tout en éclipsant les Sourds.
Ce mercredi 23 septembre, c’est la journée internationale des langues des signes. L’occasion de s’interroger autrement sur la langue des signes.
Pourquoi cette langue fascine
Voir quelqu’un s’exprimer avec son corps est toujours une source de curiosité. Pourquoi ? Parce que depuis notre plus tendre enfance, nous avons appris qu’il était mal vu de montrer ses émotions, d’exprimer ses sentiments, et surtout de le faire avec notre corps.
Quand le son s’éteint, il faut alors trouver un autre moyen de communication, et naturellement, le corps se met à bouger, et à dire. Pour donner un exemple : imaginez que vous êtes dans un pays étranger dont vous ne connaissez pas la langue. Qu’allez-vous spontanément faire ? Mimer, montrer, dessiner…
C’est pour cela que la langue des signes fascine : parce qu’elle met en mouvement, elle est forcément visible.
Une langue, pas un langage
Souvent, on dit « langage des signes ». C’est une erreur. C’est oublier que la langue des signes possède une syntaxe, des règles précises qui permettent justement d’en faire une langue à part entière, reconnue comme telle en France depuis 2005.
En langue des signes, l’expression du visage est un paramètre essentiel, qui donne la nuance du propos exprimé. C’est une des choses les plus difficiles à faire quand on apprend cette langue. D’ailleurs, les Sourds disent des Entendants qu’ils sont « lisses », car aucune expression ne transparaît sur leur visage. Et ça les fait bien rire, eux, qui, sans en être gênés, font complètement l’inverse !
Imaginez : dire non en agitant de droite et de gauche votre index, sans laisser la moindre intensité dans votre regard, sans froncer les sourcils ou pincer les lèvres. Vous comprenez quoi ? À l’inverse, un froncement de sourcil ou un rictus donnera une indication autre sur la force du non que vous exprimez, tout autant que la rigidité et la vitesse de l’agitation de votre index.
Le paradoxe
Pourtant, et paradoxalement, la fascination pour cette langue gestuelle éclipse ceux qui la pratiquent chaque jour. Devant deux personnes sourdes « signantes », on ne regarde que les corps qui s’agitent, sans s’attarder sur la personne proprement dite.
C’est d’ailleurs parce qu’elle rend leur handicap visible que les personnes devenues sourdes préfèrent ne pas l’apprendre.
« La langue des signes va bien au-delà des gestes : c’est une culture, une posture et une ouverture à l’autre qui réinterroge toute notre communication non-verbale. » — Odile Fuchs, créatrice de la formation IFORHAND.
La fascination est bien légitime. Gardons-nous cependant de réduire cette langue à une simple curiosité ou à un objet valorisant, affiché partout et par tous, sans vraiment nous former mieux à cette langue — de préférence avec un professeur sourd — et sans rencontrer ses locuteurs.
Passer à l’action
Au sein du Groupe ITS, nous portons des initiatives concrètes :
- La série de webinaires de sensibilisation « Bien Entendu ».
- Les capsules « En 60 secondes ».
- Les ateliers découverte de la langue des signes, une journée en présentiel.
- La formation hybride « Comprendre la surdité pour mieux inclure au quotidien » proposée par IFORHAND.
Vous souhaitez sensibiliser vos équipes ou adapter vos pratiques ? Découvrez la formation.
